« Ma fête de la musique... | Page d'accueil | Car_net.rose »

lundi, 02 juillet 2007

Harmonie

Je suis très heureux de commencer la 2eme année en publiant un billet d’une autre bloggeuse (qui n’est pas moi donc)!!!!!!! Oui, je trouve ça génial… Un blogeusepotesse, ne voulant pas blesser m’a demandé de publier chez moi son récit de la fête de la musique (et j’en suis extrêmement honoré, puis ça vaut son pesant de cacahuette :o))))). Pour l’occas, son nom sera Filomène (bien fait Gnagnagnagna) et je la laisse répondre aux coms (d’où un billet à part)

 

Filomène :

« Ayé j'ai décidé que j'écrivais.

Bon, en fait, puisque j'aime bien cet orchestre, j'ai pas pu faire un truc trop méchant, je pourrais presque le mettre sur mon blog Seulement je ne maîtrise pas la susceptibilité de tout le monde » … « Donc c'est mieux que ce texte soit ailleurs que chez moi, c'est pas la peine de rajouter du vinaigre dans la salade, même si c'est du vinaigre doux»

 

90550d8e4fd6a31fb356c7f572ee6053.jpg

Harmonie

Une bande de gens improbables avec des instruments entre les mains.

Des vestes bleues, avec une étiquette verte et jaune dessus. Des vestes de récup, et quelques unes assorties. La mienne a les boutons dorés.

Les pantalons sont foncés : de gris clair à noir en passant par bleu marine, c’est considéré comme foncé. Jean, fuseau ou baggie, c’est considéré comme pantalons.

Des cravates pour les hommes, rayées jaunes et vertes, splendides.

Les allures sont aussi improbables que les gens.

L’alignement est mélangé, imprécis, fouilli, les boîtes d’instrument sous les chaises en plastique, les partitions dans le désordre, et le programme joué dans le désordre lui aussi.

Entre chaque morceau, 5 minutes de rien, tout en désordre, le temps de se regrouper.

Le chef cherche ses mots pour présenter, pour ne pas dire plus que s’il ne disait rien.

Le chef qui nous fait jouer des morceaux pas assez travaillés, et parfois c’est du yaourt. D’autre fois c’est le miracle.

A un moment c’est mon tour. Je fais chef quand le chef n’est pas là, alors ce soir je dirige les morceaux qu’on a travaillés ensemble.

Ma partition est un peu retenue des assauts de la météo par un énorme tendeur vert et jaune, cet assortiment me terrifie, la même couleur que nos étiquettes. Devant moi les improbables et les pupitres bancals, une forêt de pinces à linge colorie le tableau : grigris anti-météo.

Dans sa poussette, aligné avec notre désordre, un petit bout de cul et son saxo en légos me regarde. Les musiciens aussi.

A ce moment, je les sens attentifs, plus que quand j’étais parmi eux. Je l’étais moins moi aussi.

A ce moment, je suis concentrée, et dans ma tête je répète, les rythmes qui vont s’enchaîner.

Au micro, celui de nos musiciens qui trouve le mieux les mots, plus à l’aise avec son micro qu’avec sa trompette, et qui nous annonce le moyen-âge.

Les pinces à linges se reflètent dans le ciel et dessinent un arc-en-ciel.

Je lève les bras, les instruments se lèvent aussi, à trois on part. Enfin, un, deux trois, puis on part. Je ne vois plus le désordre, je les vois tout simplement.

Je suis tendue comme un câble de téléphérique, et mon bras scande la mesure plutôt qu’il ne la bat. Je sais puisque je viens de dedans qu’ils ne s’entendent pas, et je sais que pour qu’ils jouent ensemble il faut qu’ils me voient, qu’ils voient bouger mon bras au loin derrière les notes dessinées, derrière les pinces à linge et juste devant l’arc en ciel. Il faut qu’ils voient mon bras même quand ils ne me regardent pas.

La main droite bat la mesure, s’arrête parfois pour repartir plus vite, ou encore plus doucement, ma main droite est connectée au batteur aussi, pour que l’on soit ensemble vraiment, et au tuba, qui stabilise tout ça.

La main gauche tourne les pages, retient les pages, retourne les pages, donne les départs, soutient les tenues.

Pour que ces partitions des « templiers » se transforment en musique, j’ai dessiné un jour un répétition, dans nos têtes à tous, le décor d’un donjon avec les trompettes tout en haut, le lac, les princesses, les chevaux, les drapeaux dans le vent, les tuniques. A partir de ce jour là, le morceau a trouvé une couleur. Plusieurs couleurs même.

On le répète depuis novembre, et on le joue juste là, après c’est fini pour cette année.

Le saxo ténor qui oublie de partir, le tambourin qui regarde plus souvent ailleurs que moi et endort son rythme, la trompette qui cuivre trop, la flûte qui joue une note sur trois car elle débute, les saxos altos qui ralentissent systématiquement à la mesure 172, les jeunes et les moins jeunes, j’ai senti là devant moi qu’ils étaient un, que nous étions un, et qu’ils ont oublié de ne pas partir, de ralentir, de se divertir.

Je croise parfois un regard, mais pas souvent. Je sens la frustration du timbalier sans timbale, et je suis déçue pour lui. C’est son regard que je croise le plus souvent habituellement, pour lui donner les départs. Il avait bien bossé. Au départ ce morceau n’était pas au programme de la fête de la musique,et c’est le seul avec timbales.

Le morceau commence assez rythmé, accélère avec une marche, s’endort un peu dans une mélodie sirupeuse, et accélère à nouveau au rythme de la marche rapide des templiers. C’est le plus long que nous jouons ce soir.

Il finit en apothéose, et je crois qu’ils ont vu que j’étais contente, et je crois qu’ils étaient contents.

Le public a applaudit, et lorsque je me suis retournée, j’ai vu qu’il y avait du monde, beaucoup plus que ce que je croyais. Au moins… plein !

Nous sommes un groupe de gens improbables, nous répétons dans une vieille salle de classe aux rideaux déchirés, au plafond qui nous montre ses entrailles. Le chef nous sort régulièrement des morceaux de derrière les fagots, il faut improviser ou presque, et ça passe plus ou moins, mais ça passe le plus souvent.

J’aime cet orchestre abracadabrant, un orchestre avec des gens qui boitent, des qui tiennent pas debout, des qui accompagnent et mangent leur sandwich, des qui viennent parfois sans instrument, des qui perdent des bouts d’instruments, des qu’ont des clefs qui dévissent, des soudures qui lâchent, des pupitres qui tombent, des qui démarrent avec une autre partition, des qui jouent tout seul, des qui papotent tout le temps, des qui n’écoutent rien, des qui s’énervent vite, des qui disent jamais rien. Mais tous qui ont envie de jouer et viennent et reviennent.

Mon orchestre, il mériterait une émission « streaptise ».

Et j’aime ça.

Filomène

Commentaires

Oh j'avais pas vu c'était caché derrière l'anniversaire ! Merci Monsieur le Caribou...

Ecrit par : filomene | mardi, 03 juillet 2007

ça donne envie de devenir à son tour " quelqu'un d'improbable "...

Merci pour ce texte Filomène.

Ecrit par : Shaade | mardi, 03 juillet 2007

Mon passage préféré : "Le saxo ténor qui oublie de partir.... et qu’ils ont oublié de ne pas partir, de ralentir, de se divertir." Oui moi aussi j'aima l'amateurisme, le Zero prise de tête, Quand la communion est plus importante que la perfection... Un musicien qui joue avec joie, avec plaisir, avec envie et sourir sera toujours plus charismatique que celui qui joue, peut être à la perfection, mais mécaniquement, égoïstement, sans joie à partager. Merci pour ce texte, c'est un régal :o)

Ecrit par : Le Caribou | mardi, 03 juillet 2007

Shaade : touchée... merci...

Le Caribou : c'est justement le soucis... les improbables ne trouvent plus ce plaisir là avec le chef titulaire, et le trouvent avec moi... merci d'avoir aimé, je trouve ça beaucoup plus dur d'écrire sur mon moi d'aujourd'hui que sur celui d'avant...

Ecrit par : filomène | mardi, 03 juillet 2007

et pourtant qu'est ce que ça te ressemble trait pour trait chere Filomene :)

Ecrit par : Cécile forcement en retard au taf | mercredi, 04 juillet 2007

super reportage ; vous devez bien vous amusés tous ! je vous souhaite plein d'autres fêtes de la musique, sans devenir trop pro !

Ecrit par : rebecca | mercredi, 04 juillet 2007

Biboundé ! Biboundé-ho !

Mais t'es trop gentille, faut pas hésiter à être méchant avec les gens, sinon tu risques l'ulcère.
Puis penser que ça pourrait blesser des gens, quand même, hein.
(Sinon moi ma tata, pareil, elle cheffise un groupe, sauf que c'est des instruments de récup qu'elle fabrique en grande partie elle même, et les musiciens sont assez peu doués pour la musique. Mais ils sont rigolos, de 7 à 77 ans (grosso modo), et on s'amuse bien à les voir taper sur leurs poubelles bricolées ou leurs pieds de lampe, ou leurs tambours de machine à laver.

Où est-ce qu'on peut venir vous voir, vous :oD ?

Ecrit par : Francis | mercredi, 04 juillet 2007

Cécile : qu'est ce que tu fous encore là à cette heure là, allez zou hop au boulot ! enfin nan... reviens maintenant il est tard... et heu... bien.... :o)
Rebecca : plein plein plein des comme ça, j'aime la musique amateur, c'est vrai...
Francis : mais.... ta tata est folle, c'est donc génétique ! Pour nous voir ? Je te dirais en privé l'année prochaine. (en fait, je veux pas que le chef en chef lise... les autres, ça me gênerait pas, même si je ne sais pas si tout le monde comprendrait...)

Ecrit par : filomène | mercredi, 04 juillet 2007

Tain décidément, cette filomène a de l'avenir devant elle, on peut pas dire qu'elle écrit dans la dentelle.
Pis bon, en même temps, uh, tout y est.
Des bizettes.

Ecrit par : Mélina LOUPIA | jeudi, 05 juillet 2007

Melina : la dentelle, j'cris pas dedans, ça l'abimerait ! Avec le boulot que ça demande...
merci des bisettes !

Ecrit par : filomène | vendredi, 06 juillet 2007

:)

Ecrit par : youpiiitralala | lundi, 09 juillet 2007

Youpiiitralala : contente que ça te plaise :o) Merci !

Ecrit par : filomene en montagne | lundi, 09 juillet 2007

Ecrire un commentaire